lundi 10 octobre 2011 à 9H53

Conservation: tout reste à définir, dit Charest (PC)


BARCELONE, Espagne - L'idée de protéger de toute activité industrielle la moitié de la superficie couverte par le Plan Nord est encore floue, a reconnu le premier ministre Jean Charest, lundi.

En point de presse à Barcelone, où il effectue une mission visant entre autres à faire la promotion de ce vaste projet, M. Charest a soutenu que l'objectif de protéger 50 pour cent du territoire situé au nord du 49e parallèle était ambitieux.

«C'est un concept nouveau, a-t-il déclaré. Il faudra définir comment on le fait. Par exemple, on sait qu'on ne prendra pas 50 pour cent du territoire pour le trancher du haut vers le bas. Il faut protéger ce qu'on appelle des 'provinces naturelles' sur le plan de la biodiversité.»

Le premier ministre n'a pas exclu que de l'exploitation forestière puisse se faire dans les zones protégées, comme l'a avancé la semaine dernière Léopold Gaudreau, sous-ministre adjoint au ministère de l'Environnement.

Jean Charest a en revanche rejeté la possibilité d'autoriser l'exploitation minière dans ces zones, une éventualité pourtant évoquée la semaine dernière par son ministre de l'Environnement, Pierre Arcand.

«Si on déclare une aire protégée et qu'on découvre une mine de diamants, qu'est-ce qu'on fait avec ça?», avait lancé le ministre.

Dans un courriel, l'attachée de presse de M. Arcand, Sarah Shirley a assuré lundi que son patron n'avait parlé que «de l'importance de bien choisir les zones de protection afin de ne pas se retrouver en conflit d'usages, car justement il n'y aura pas d'exploitation en zone protégée».

Une chose est sûre, le gouvernement n'entend pas atteindre de sitôt l'objectif de protéger 50 pour cent du territoire du Plan Nord.

«C'est un défi, a admis M. Charest. Quand on a un territoire qui fait deux fois la superficie de la France et qu'on dit qu'on va en protéger 50 pour cent, ce n'est pas rien. On ne fera pas ça du jour au lendemain, mais on va le faire comme il faut.»

Entre-temps, Jean Charest devra peut-être ajuster son message. Quand il vante les mérites du Plan Nord à des gens d'affaires du Québec et d'ailleurs, il cite souvent des propos émanant de l'International Boreal Conservation Campaign (IBCC). En mai, les responsables de cette initiative américaine avaient qualifié le projet de «plus importante politique de conservation du territoire de l'histoire».

Or, indignés par ce qu'ils considèrent être une volte-face du gouvernement dans ce dossier, l'IBCC et son pendant canadien, l'Initiative boréale canadienne, viennent d'écrire à M. Charest pour le presser de maintenir l'exclusion de toute activité forestière dans les zones protégées.

De plus, des groupes écologistes, dont Greenpeace et Nature Québec, ont promis d'alerter l'opinion internationale sur cette question. Lundi, Jean Charest s'est toutefois montré peu inquiet d'une éventuelle campagne de ce genre.

Les Catalans intéressés

À Barcelone, le premier ministre a une fois de plus repris sa présentation du Plan Nord devant des gens d'affaires catalans qui l'ont écouté avec intérêt parler des communautés autochtones, des richesses naturelles et des possibilités d'investissement. Quelque 150 personnes étaient au rendez-vous dans une salle du somptueux palais royal de Pedralbes alors qu'on en attendait 120.

En conférence de presse aux côtés de M. Charest au siège du gouvernement catalan, le président de la région semi-autonome, Artur Mas, a souligné que le Plan Nord représentait une «opportunité» pour les entreprises locales, qui sont confrontées à la crise économique, particulièrement éprouvante en Espagne.

Considérée comme un moteur économique de l'Europe, la Catalogne est aujourd'hui profondément secouée par ce marasme. Le taux de chômage y atteint désormais 19 pour cent, contre à peine six pour cent en 2006.

Mardi, Jean Charest présentera le Plan Nord à des investisseurs espagnols à Madrid, avant de rencontrer la ministre des Affaires étrangères du pays, Trinidad Jiménez, et la présidente de la Communauté autonome de Madrid, Esperanza Aguirre. Il doit rentrer au Québec mercredi.


par La Presse Canadienne





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