Dans un jugement très attendu, la Cour suprême du Canada décidera si les enfants dont les parents le souhaitent pourront être exemptés de ce cours de base portant sur les fondements de plusieurs grandes religions dans le monde.
Des parents dont les enfants étaient scolarisés à la Commission scolaire Des Chênes, à Drummondville, s'étaient adressés aux tribunaux parce qu'on leur refusait une exemption. Ils prétendaient que le cours violait leur liberté de religion et leur faisait subir un préjudice grave en mettant les enfants en contact forcé et prématuré avec des croyances qui n'étaient pas celles de la famille.
Éthique et culture religieuse (ÉCR) est obligatoire pour tous les élèves du primaire et secondaire scolarisés à l'école publique et privée depuis septembre 2008. Il remplace le défunt cours d'enseignement religieux catholique et protestant, et son alternative, l'enseignement moral. Avant même que le cours fasse son entrée sur les bancs d'école de la province, la ministre de l'Éducation de l'époque, Michelle Courchesne, avait déclaré qu'aucune exemption ne serait permise.
La Cour supérieure et la Cour d'appel ont toutes deux rejeté les arguments des parents et donné raison à Québec. En 2009, le juge Jean-Guy Dubois de la Cour supérieure avait écrit qu'il ne voyait pas comment le cours pouvait brimer la liberté de religion alors qu'il ne fait qu'une «présentation globale de diverses religions sans obliger les enfants à y adhérer».
La décision de la Cour suprême viendra mettre un point final à cette saga et aura un impact pour de nombreux parents. Selon les chiffres de la Coalition pour la liberté en éducation, 2500 demandes d'exemptions avaient été formulées puis refusées par le ministère en 2008.
par La Presse Canadienne
Le dossier concernant le cours d'Éthique et de culture religieuse est loin d'être terminé. J'aimerais rappeler ici que la cause du Collège Loyola, parallèlement à celle des parents de Drummondville, sera entendu en cour d'appel à Montréal le 7 Mai 2012, et qu'une autre cause semble aussi être en justice pour des parents de Granby.
En ce qui concerne Loyola, dans un jugement de la Cour supérieure du Québec, l’école secondaire privée catholique Loyola (de l’ouest de Montréal) est exemptée d’enseigner le cours multiculturaliste d’éthique et de culture religieuse.Le juge Dugré estime qu’en forçant l’institution à enseigner le cours dans une perspective laïque, « le ministère de l’Éducation viole le droit à la liberté de religion. » Pour lui, la décision du ministère de l’Éducation « revêt un caractère totalitaire qui équivaut, essentiellement, à l’ordre donné à Galilée par l’inquisition de renier la cosmologie de Copernic. »
Si le cours d'éthique et de culture religieuse ne concernait simplement que les fondements des grandes religions du monde, les parents ne s'y opposeraient pas. Dalleurs, 2-3 cours par semaine ne seraient pas nécessaires afin d'inculquer quelques notions du genre.
En lisant les documents (programme) et en écoutant les promoteurs du cours d'éthique et de culture religieuse, j'en ai compris bien précisément que celui-ci consistait à former le regard que les jeunes auront sur le monde en vu d'un «mieux vivre ensemble».
Ce cours déplait à 90% des gens qui se penchent sur le sujet pour une raison bien simple. Chaque personne interprète la réalité et ce qui l'entoure via sa culture et sa religion (ou non). On pourrait comparer ça à une disquette ou a un programme qui selon ses variables, indique à un ordinateur ce qui est acceptable ou non et comment traiter les situations, selon des valeurs préalablement programmées.
Hors, le cours d'éthique et de culture religieuse vise précisément à changer cette «disquette mentale» sous prétexte qu'avec le nouveau programme d'éthique et de culture religieuse, l'homme arrivera à vivre mieux ensemble! Quelle lubie ! On remplace les disquettes mentales des catholiques, des juifs, des musulmans non pas par un enseignement humaniste mais par... une disquette de toutes les religions incluant les données, les valeurs que le ministère de l'éducation (et donc le gouvernement) veut induire dans le comportement des jeunes.
Le conflit ici porte donc sur le programme lui-même. Il porte aussi sur la liberté de conscience et le droit des parents de transmettre leurs propres valeurs et culture à leurs enfants.
Je ne trouve pas sain non plus de l'on gave un enfant de culture religieuse, que l'on remplisse sa «disquette mentale» jusqu'à l'écoeurement...
Lorsque l'État décide de prendre en main la culture religieuse des enfants sans place pour la liberté, c'est rarement sain.
Quel que soit le jugement de la Cour Suprême de ce vendredi, il me semble que Monsieur de la Palisse aurait dit : « La "liberté de conscience et de religion n'a de sens que si un choix (effectif, pas seulement théorique et symbolique) est possible non seulement entre différentes religions, mais d'abord et surtout entre croyance et incroyance ! ».
Or ce choix est souvent compromis du fait que toute alternative est occultée par une éducation religieuse excluant volontairement les alternatives non confessionnelles (mais pas pour autant antireligieuses !) de l'humanisme et de la spiritualité laïques.
Initialement, dans ce cours, il devait pourtant être fait mention de l’existence «de conceptions de vie autres que religieuses ». C’était un minimum, par simple honnêteté intellectuelle. Or, à présent, même la mention de l’athéisme est, paraît-il, supprimée, comme si c’était une abomination !
Tout se passe donc comme si les croyants fondamentalistes voulaient empêcher les jeunes de choisir librement de croire ou de ne pas croire. Et pour cause : comme en témoigne la fréquente persistance des croyances religieuses, toute éducation religieuse précoce, forcément affective, confortée par un milieu croyant unilatéral, anesthésie le plus souvent l'esprit critique et le libre arbitre ultérieurs, du moins dès qu'il est question de religion, ce qui empêche les jeunes de choisir, en connaissance de cause et aussi librement que possible, de croire ou de ne pas croire...
D'autant plus que, sous prétexte d’ouverture à la différence et au dialogue, le cours actuel d'ECR fait découvrir au moins six autres religions, mais avec tant de détails que cela jette la confusion dans l’esprit des enfants et adolescents. Par comparaison, cela ne peut donc que renforcer la religion traditionnelle et majoritaire.
Le but hypocrite de ce cours ne serait-il pas de compenser le déclin du catholicisme, dû à la déconfessionnalisation et à la laïcisation croissantes des sociétés intellectualisées ?
Parce qu'il a la responsabilité de l'émancipation et de l'épanouissement de tous, l'Etat a dès lors le devoir de compenser les influences familiales unilatérales, exclusives et communautaristes.
La culture générale implique un minimum de culture religieuse, notamment artistique, mais aussi de culture laïque et humaniste.
Dans un souci de neutralité et afin de réduire les inégalités socioculturelles, l’école, via un cours d’ECR amélioré, doit donc compenser l’influence des parents et celle d’un milieu culturel unilatéral, par une DOUBLE information minimale, objective et non prosélyte : d’une part, au cours d'histoire, ou lors d’un cours de philosophie, sur le « fait religieux » , sans occulter ce que toutes les religions ont en commun, à des degrés divers : la soumission, ET d’autre part, sur le « fait laïque » (l’humanisme laïque, ses principes de libre examen, d’esprit critique, d’autonomie et de responsabilité individuelle, ses valeurs "universalisables" puisque bénéfiques à tous, telles que le respect de la dignité de l’homme, de la femme et de l’enfant , ses options, ses objectifs, la liberté de pensée, la spiritualité laïque, …).
Il sera évidemment indispensable de repenser la formation et le « recyclage » des enseignants, qu’ils soient croyants ou non, car ils n’ont pas à influencer les élèves par leurs propres convictions, mais à les rendre capables de se forger les leurs.
Michel THYS, Ã Ittre (en Belgique). http://michel.thys.over-blog.org
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