Le 30 octobre 2007 - 17:19

Le Québec connaît "un vide spirituel" selon le cardinal Marc Ouellet



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Marc Ouellet

Par Norman Delisle

Le Québec connaît "un vide spirituel qui mine de l'intérieur la culture québécoise et engendre l'insécurité", croit l'archevêque de Québec, le cardinal Marc Ouellet.

Dans son témoignage entendu mardi devant la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, Mgr Ouellet a soutenu que la société québécoise, qui s'appuyait depuis 400 ans sur deux piliers, soit la culture française et la religion catholique, est fragilisée par l'affaiblissement de l'identité religieuse des francophones.

"Ces deux piliers devront s'épauler ou crouler ensemble", a dit le prélat.

"Un peuple dont l'identité a été fortement configurée pendant des siècles par la foi catholique ne peut pas du jour au lendemain se vider de sa substance sans qu'il en résulte des conséquences graves", a-t-il ajouté.

Aussi, Mgr Ouellet estime que "le Québec est mûr pour une nouvelle évangélisation en profondeur et pour un retour aux sources de notre histoire".

Le cardinal s'en est pris au changement que le ministère de l'Éducation apportera au programme scolaire dès septembre 2008. Le cours de religion y sera remplacé par un cours d'éthique et de culture religieuse où on exposera la problématique de plusieurs religions.

"L'héritage religieux du Québec est fondé sur l'amour, qui est une force d'intégration sociale beaucoup plus efficace qu'une connaissance abstraite de quelques notions superficielles de six ou sept religions", a soutenu Mgr Ouellet.

Il s'est dit convaincu que ce nouveau cours ne permettra pas aux jeunes d'acquérir les points de repère requis pour s'assurer de vivre ensemble dans l'harmonie. De plus, cette initiative se fait "aux dépens de la liberté religieuse du citoyen, surtout celle de la majorité catholique".

Mgr Ouellet croit aussi que les enseignants seront mal préparés à dispenser ce cours en toute neutralité et de façon critique.

Selon lui, "on doit réapprendre le respect de la religion qui a façonné l'identité de la population, sans céder à la pression des intégristes laJics qui réclament l'exclusion de la religion de l'espace public".

Parmi les conséquences du fait que le Québec s'est vidé de sa substance religieuse, Mgr Ouellet a identifié "la chute vertigineuse des mariages, le taux infime de natalité, le nombre effarant d'avortements et de suicides".

"Il est grand temps de se demander: Québec, qu'as-tu fait de ton baptême? Je veux une nouvelle entente pour que la religion puisse continuer à se transmettre à l'école", a déclaré l'archevêque québécois.

Il a dénoncé la loi 95 votée en juin 2005 qui supprimait, à compter de juillet 2008, les dispositions de nature confessionnelle dans le système scolaire.

"J'aimerais que la majorité catholique du Québec retrouve sa fierté", a-t-il conclu.


Les autochtones ont été les premiers à faire des accommodements raisonnables

Par Norman Delisle

Avant de faire la leçon aux autres en matière d'accommodements raisonnables, les Québécois devraient commencer avec humilité à respecter les premiers occupants du sol, les autochtones.

Tel est le message qu'avait à livrer mardi le chef de la nation huronne, Max Oné-Onti Gros-Louis, devant la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables.

À son avis, les autochtones ont eux-mêmes fait preuve d'une grande capacité de faire des accommodements lorsque les premiers blancs sont arrivés en Amérique, au 16e et 17e siècle.

"Nous avons été accommodants, très accommodants, comme société majoritaire de ce pays. Nous avons partagé avec les nouveaux arrivants notre liberté et notre espace. Nous nous sommes accommodés de l'arrivée de ces frères et de ces soeurs. Notre bureau d'immigration était mal organisé ou notre coeur était trop grand, car on nous a dit par la suite que nous n'étions plus chez nous. La majorité ne veut pas nous accommoder sur le bien et l'espace qu'elle nous a volés", a soutenu le chef Gros-Louis.

Le chef huron a mentionné que pour lui, les gouvernements du Québec et du Canada sont des immigrants. "La loi fédérale des Indiens constitue un génocide bien planifié pour faire disparaître les Amérindiens", a-t-il dit.

Il s'est inquiété de savoir si, en bout de ligne, les nouveaux venus au Québec n'auront pas plus de droits que les autochtones.

Les négociations entre les gouvernements québécois et canadien sur les droits autochtones piétinent, a rappelé le chef Gros-Louis, bien que les droits ancestraux couvrent environ 85 pour cent de l'actuel territoire du Québec.

"Quand le Québec aura fait ses devoirs envers les Premières Nations, il sera alors en position de le faire sans gêne envers ses nouveaux arrivants", a conclu le chef huron devant la commission.

Devant les journalistes, le chef Gros-Louis a par ailleurs révélé que des négociations de nation à nation allaient bientôt être entreprises entre le gouvernement du Québec et la nation huronne. Le gouvernement fédéral pourra s'y joindre plus tard.

Dans un premier temps, ces négociations toucheront les questions de chasse, de pêche et de piégeage. Le territoire sur lequel les Hurons ont des revendications touche la réserve faunique des Laurentides, mais pourrait s'étendre sur la Rive-Sud de Québec.

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© La Presse Canadienne, 2010




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